Plusieurs d'entre nous endurent la solitude. Ce phénomène est identifié par nos contemporains comme anormal, pathogène. Il est synonyme du refus de l'autre, d'anéantissement du soi. C'est une intériorisation accentuée. Une introspection mélancolique. Les conflits, les contrastes poussent parfois vers cette obscurité qui enveloppe les profondeurs inexplorées de l'âme humaine, vers ces terres arides sans confins.
Mais la solitude n'est pas toujours subie. Parfois, c'est un émerveillement. On s'isole pour mieux méditer et reconquérir la paix intérieure. Dans ce cas d'espèce, c'est une retraite volontaire, voulue, espérée. C'est un acte délibéré. On se détache de l'immédiateté pour réfléchir sainement sur notre acheminement, élucider nos contrastes, réorganiser nos priorités. On peut parler ainsi du recueillement, prélude nécessaire pour accueillir des lendemains plus meilleurs. Dans d'autres cas, c'est une tentation d'ascension vers la vérité absolue, vers les lueurs de la sagesse.
On marche ainsi vers la solitude pour acquérir et s'approprier les secrets de l'existence.
Mais je pense à ceux qui sont conduits à l'isolement par contrainte, sous le poids d'une diversité de pressions. Le vent de l'amertume, des remords, du rejet les bouscule vers cet abîme béant, dévorant, engloutissant. Ces gens- là sont des désespérés, des stressés qui se rebellent silencieusement contre le joug du quotidien, qui ne supportent pas la confrontation.
Les actes entrepris dans ce cadre démontrent d'un désir inconscient et ardent nourri de la revanche et de la vengeance. Ces actes ne peuvent s'exprimer et se manifester malheureusement qu'à travers une destruction systématique de ces âmes déjà meurtries. C'est une attitude masochiste. Une autre facette d'anéantissement, douce mais morbide.
Trop d'énergies négatives sont dispensés.
On se consume à outrance pour mieux embraser les germes et souffles de vie environnante.
( Suite)