La solitude est souvent un recul devant les manifestations de l'atrocité, la sévérité, la trahison. C'est une fuite en avant à la rencontre des univers peuplés de rêves, d'espérances. La solitude c'est la terre des revanches par excellence. On évince les humains indésirables, on règne majestueusement, on gouverne sans partage, on protége notre orgueil du mépris, on se prémunit des regards malicieux et de la désinvolture des autres.
C'est un oasis bien ornementé de verdure, planté au milieu de ce désert qui nous assiège et étouffe. C'est là où la sève du bonheur coule en abondance, la quiétude y règne, alors que l'aridité et la stérilité continuent à sévir ailleurs.
La solitude sous cet angle n'est tentée que par des gens sensibles, fragiles, subtiles, rêveurs. C'est le refuge d'une race désarmée, soucieuse, affairée. C'est une catharsis de la souillure quotidienne.
Je m'adresse aujourd'hui à ces recroquevillés qui souffrent silencieusement. La solitude ne doit pas être le synonyme du mépris, du rejet catégorique des autres. Elle doit être considérée plutôt comme un recueillement et non un recroquevillement. C'est une illumination et non un engouffrement. C'est une élévation et non une décadence. C'est une recherche du sublime et non une reproduction de l'amertume. C'est une étape provisoire et non la consécration d'une distanciation éternelle. C'est un exercice d'initiation et de réjouissance et non une épreuve répugnante d'auto- flagellation.
Il faut rechercher une solitude bienveillante qui conduit vers la vie plutôt qu'à la consumation et l'auto- destruction. On franchit le seuil de solitude chargé d'incertitudes et d'indécisions et on doit échapper à ses ténèbres assez déterminé et mieux outillé.
Bref, la solitude est une lucarne qui donne sur la vie et ses sagesses, la passerelle qui emporte vers la purification et la
sublimation.
" Cette clôture à l'intérieur de laquelle on ne laisse entrer personne ni rien qui abîme et racornisse. Etre une présence, une présence réelle, un vrai silence qui écoute plutôt qu'un miroir qui reflète ou un abîme qui engloutit " ( Colette Nys-Mazure, Edition Desclée Brouwer, Célébration du quotidien, 1997, p 117).
En signe de reconnaissance pour l'œuvre de Colette Nys- Mazure et pour les effets bénéfiques qu'elle a eu sur ma conception de la vie, j'ai décidé après avoir eu son aval de créer ce modeste espace. Un espace où je pourrai vous faire part de mes émotions et réflexions. C'est à notre tour de célébrer Colette Nys- Mazure et de la couronner. Elle a tant célébré et revaloriser toutes les facettes de notre quotidien, pour que notre passage, d'ailleurs bref, sur cette terre ne soit pas banal et gratuit. Elle a pu surmonter ses propres handicaps, ses traumatismes, pour nous conduire vers une pureté initiale et nous nourrir, comme ses propres enfants, d'un souffle persévérant. Elle a eu le génie de contourner le spectre du mal, de la haine qui rôdait autour de sa vie d'enfant et a embrassé l'émerveillement, la marche vers l'illumination au lieu de sombrer dans les amertumes et les inquiétudes. Bref, le corollaire de la philosophie de Colette Nys-Mazure est la revanche sur un quotidien répugnant et inaccessible.
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