Aujourd'hui, j'ai choisi pour vous un passage de "Sans y toucher" de Colette Nys-Mazure qui décrit une séquence de vie d'une "voyageuse" absorbée et passionnée par la lecture. Une femme plongée dans son propre univers, séparée de la réalité environnante.
Le détachement des lieux et des événements permet une ascension vers des cieux plus intimes et un déferlement des souvenirs qui ont marqué notre vie.
Cette transmutation est confortée par la lecture. Celle-ci est une échappatoire, un renoncement au vacarme, aux sons, aux paroles, aux formes. C'est une passerelle conduisant vers le virtuel et les profondeurs ténébreux et insondables de nos âmes. C'est une condition nécessaire pour accéder à la sérénité et à la méditation.
"Les gares défilent qu'elle ne remarque pas, les gens descendent et montent dont elle ne voit pas le visage; elle lit. Le monde est aboli, comme dans l'enfance lorsque ses sœurs s'amusaient à passer et repasser les pralines dont elle était gourmande, afin de tester son degré de concentration. Elle entre en lecture comme d'autres en méditation, toute sa vie orientée vers le dedans, attentive au texte comme aux blancs; jouissant à la fois de l'histoire et de son écriture, du jeu de relations entre les personnages, des lieux où se déchiffre l'auteur. Elle se divise et se multiplie, souffre et aime, cherche et joue" ("Sans y toucher", Editions Labor, Bruxelles, 2005, p. 93).
En signe de reconnaissance pour l'œuvre de Colette Nys- Mazure et pour les effets bénéfiques qu'elle a eu sur ma conception de la vie, j'ai décidé après avoir eu son aval de créer ce modeste espace. Un espace où je pourrai vous faire part de mes émotions et réflexions. C'est à notre tour de célébrer Colette Nys- Mazure et de la couronner. Elle a tant célébré et revaloriser toutes les facettes de notre quotidien, pour que notre passage, d'ailleurs bref, sur cette terre ne soit pas banal et gratuit. Elle a pu surmonter ses propres handicaps, ses traumatismes, pour nous conduire vers une pureté initiale et nous nourrir, comme ses propres enfants, d'un souffle persévérant. Elle a eu le génie de contourner le spectre du mal, de la haine qui rôdait autour de sa vie d'enfant et a embrassé l'émerveillement, la marche vers l'illumination au lieu de sombrer dans les amertumes et les inquiétudes. Bref, le corollaire de la philosophie de Colette Nys-Mazure est la revanche sur un quotidien répugnant et inaccessible.
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